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[BAM] – Atelier d’écriture au Mac Val

La boîte à mystères

[BAM] – Atelier d’écriture au Mac Val

épisode 3

Rencontres dans le Grand Paris Express

[Boîte à Mystères]

En 2015, l'écrivaine Johanna Pernot a animé pour les MyGrandParis un atelier au Mac Val, le Musée d'art contemporain de Vitry, dans le cadre de l'exposition "Les Passagers du Grand Paris Express".

Elle leur a proposé plusieurs thèmes d'écriture, parmi lesquels les rencontres de métro, dans la future ligne du "Grand Paris Express".

Les textes sont inspirés des photographies de Françoise Huguier, commandées par la Société du Grand Paris pour l'exposition, et qui s'intitulent "Voyage aux confins du Grand Paris".

[BAM] – Atelier d’écriture au Mac Val

L’inconnu(e) de la ligne 15

(Inspiré des photographies de Françoise HUGUIER, exposées au MAC VAL.)

Vendredi 22 mars 2022. 7h50.

Elle m’a salué en sortant. Elle s’est retournée vers moi et m’a adressé un sourire. Un sourire, non pas timide mais discret. Un sourire personnel, qui n’était donné que pour moi. Elle s’est retournée vers moi avant même que j’ai eu le temps de penser «  si elle se retourne vers moi, je … ». Elle s’est retournée sans être le moins du monde surprise de mon regard, avec cette conscience dans le regard de savoir que je la regardais partir.

Ligne 15 sud. Issy-RER.

Elle était montée à Issy-RER alors que j’étais assis dans la dernière rame depuis Pont-de-Sèvres, comme tous les matins où je me rendais à l’Institut Gustave Roussy, pour mon travail. Elle s’était assise deux banquettes plus avant, face à moi, calant sa valisette contre la paroi, elle sur le siège côté couloir de la rangée gauche, moi, rangée droite, couloir également. En cette heure plutôt matinale, nous n’étions pas plus que sept ou huit personnes présentes dans cette voiture de queue mais seuls elle et moi occupions nos places à l’arrière. Elle me vit mais sans prêter plus d’attention. Elle profita du calme de cette rame pour achever de se maquiller ; je la vis en effet sortir une petite trousse de maquillage et s’affairer à parfaire, de quelques touches, un visage qui n’en avait guère besoin. Je me trouvais à trois ou quatre mètres maximum derrière son petit miroir.

Fort d’Issy – Vanves – Clamart.

J’avais l’impression d’être une petite souris dans une maison familiale, d’être le témoin invité d’une scène féminine intime dans une salle de bain d’hôtel. En tout cas, je n’étais pas un intrus. Je faisais comme partie du décor, sorte de motif original sur les parois de son salon de beauté. Car c’est bien d’une beauté dont il s’agissait. Il me semblait être le prolongement du miroir et je réfléchissais l’image d’une jeune et belle femme qui, sans en être embarrassée, me faisait profiter de chaque détail de son visage. Mes yeux n’avaient qu’à suivre le parcours du pinceau ou des crayons. Dominante de formes rondes, à commencer par de grands yeux noirs, noires les pupilles, noirs les sourcils. Le fond de teint caressait des pommettes un peu saillantes, légères collines séparées par une rivière rouge tendance pêche (Orange de Chine, peut-être ?) dont la lèvre supérieure, qu’en d’autres circonstances j’aurais qualifié de pulpeuse, mettait en avant ses arrondis, juste sous son nez, ni aquilin ni gracile mais plutôt délicatement formé, sans être épaté. Épaté, c’est moi qui l’étais. J’aurais dû me sentir voyeur, donc gêné, car je reste pudique. Pourtant ma voyageuse matutinale se donnait tout à sa tâche et semblait me faire participer au choix des couleurs qui venaient maintenant souligner ses yeux.

Chatillon-Montrouge.

Quand bien même n’y aurait-il eu que de magnifiques paysages urbains à contempler derrière les vitres, au lieu de ces interminables souterrains, n’aurais-je regardé qu’elle. J’étais comme hypnotisé. De temps en temps croisait-elle mon regard, sans s’en échapper et moi ne parvenant, ne souhaitant pas l’éviter, comme pour faire croire d’avoir regardé ailleurs. Vêtue d’une jupe droite, tout ce qu’il y a de plus classique, elle semblait porter un uniforme, maintenant que j’y associais son haut, sorte de veste ou de petit blazer pour femmes de même ton que la jupe, serré à la taille. Je ne pouvais pas ne pas voir ses très belles jambes, ni longues ni courtes – il m’avait semblé voir entrer une femme de taille moyenne, comme moi – jambes croisées dans l’axe du couloir qui nous reliait intimement plus qu’il nous séparait. Le classicisme se lisait également dans les escarpins. À l’évidence ce n’est pas elle qui les avait choisis, pas davantage que son tailleur, sorte de tenue de travail pour femme exposée à la vue du grand public dans une institution qui alliait bon goût et respect des convenances.

Bagneux M4.

Peut-être pas subjugué mais presque, et délibérément, en sus. Sans être apprêtée – sa tenue ne le permettait pas – cette femme était raffinée, dans ce qui émanait d’elle personnellement. Sans maniérisme, sans rajout, une beauté naturelle, sans fard, qui se sait évidente, donc qui n’a pas lieu d’être cachée. Bel anneau d’or, sur l’index gauche, bague dans les rouges carmin, au majeur droit, ses mains, peau dorée d’un corps qui a pris le temps de se prélasser au soleil, aux doigts fins, déjà vernis, continuent de virevolter pour les derniers détails, car la prochaine station arrive et il est temps, sans presse, de ranger pinceaux et crayons dans la trousse, et celle-ci dans le sac à main.

Arcueil-Cachan

Elle a achevé de se maquiller. Elle prépare maintenant sa tenue. Elle sort deux objets de son sac, qu’elle accroche tour à tour. Deux ailes blanches, reliés par un anneau central se posent sur son sein droit. À gauche, c’est un bandeau aux lettres blanches sur fond rouge qui vient se poser en symétrie du symbole aérien. « Sécurité – Safety », déviné-je plutôt que de lire. Ma belle, qui se lève à présent, est hôtesse de l’air.

Villejuif Institut Gustave Roussy.

Elle m’a salué en sortant. Elle s’est retournée vers moi et m’a adressé un sourire. Un sourire, non pas timide mais discret. Un sourire personnel, qui n’était donné que pour moi. Reverrai-je, retrouverai-je ma belle inconnue du Grand Paris Express ?

F HUGUIER 2

X

X Y

Elle est là devant moi. Elle me regarde avec ses yeux tristes… ses pensées sont ailleurs.

Elle pense au loin, au très très loin…. Elle me regarde, elle ne me voit pas…

Je regarde ce visage carré, couleur d’ébène qui me fait voyager au loin, au très très loin…

A quoi pense-t-elle cette inconnue? Au voyage qu’elle a fait jusque là? …

Arrivera-t-elle un jour à oublier le passé? La guerre et la tristesse?….

Elle me regarde, elle me voit…

Elle descend du train en me souriant

Son regard me rend triste…. pour toujours

X

X X

 

Voyager sous X dans le métro 15

 

Ouah! Je l’aperçois ce visage, juste  à droite d’une grande épaule! Voilà :

Les cheveux noirs, ébouriffés, le nez court, frémissant.

C’est tendance: la barbe a trois jours minimum ; elle cache un petit menton pointu qui monte et descend au rythme des écouteurs engloutis dans deux grandes oreilles.

Et comme Mr X me fixe du haut de ses 20 ans, sans me voir, mon regard malicieux  s’accroche à ses yeux endormis, brumeux… grand marécage vaseux, ou encore envolés vers d’autres cieux.

Ce regard offert t’ouvre, mieux que des voyages incertains, l’échappée donnée, dans ce wagon  bondé de la ligne 15.

Et toi, en rêvant, tu cherches un creux où caler tes abatis, vieux, miséreux, aplatis par les dos, les ventres, les bras  de qui, de quoi?

Juste une échappée, ouf! C’est mieux pour  ce profil, ce regard qui vient du fond de cette marée humaine, transformer Mr X en compagnon de l’instant.

 

10050

 

Merci aux contributeurs : Gilles Davary, Parmis B., une inconnue et sa fille, Bernadette et Harold.

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portrait Johanna Pernot Giverny

Johanna Pernot

Johanna Pernot a étudié la littérature française et allemande à Strasbourg, Paris et Berlin. Elle est lauréate du concours de la Nouvelle George Sand 2005 avec « La Fugue ». Elle a publié aux éditions de l’Harmattan Dernières nouvelles …

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